Le Chant des oiseaux chez Kircher

… ou de l’imitation dans le Stylus fantasticus

A.Kircher, Musurgia Universalis (Rome, 1650)

Alice Julien-Laferrière, violon
Kazuya Gunji, clavecin

Ce programme de concert pour violon et clavecin est construit autour du relevé des chants d’oiseaux édité en 1650 dans le Musurgia Universalis de Athanasius Kircher, et de la présence de ces motifs imitatifs dans la musique allemande virtuose de la fin du XVIIe siècle.

Tandis que la première partie de cette planche est un relevé exhaustif des motifs du chant du rossignol, la deuxième partie est intitulée Diversarum uolucrium voces notis musicis expressa, « les sons de divers oiseaux représentés par des notes de musique ». On y trouve la tierce répétitive du coucou (Vox cuculi), le chant du coq (Gallicinium), le son de la poule couvant (Vox parturientis Gallina), celui de la poule appelant ses petits (Gallina conuocans pulles) et le motif trisyllabique de la caille !

La caille, extraite de la Sonate représentative de Biber

Cette page va influencer des violonistes virtuoses tels Schmelzer, Biber, Walther… puis le jeune Bach.

« Le stylo phantastico est la plus libre des méthodes de composition, libre de toute contrainte de texte ou d’harmonie préméditée pour montrer son génie. »

C’est ainsi qu’Athanasius Kircher décrit en 1650 dans son ouvrage Musurgia Universalis ce style extravagant, « bigaré & perilleux» recherché parmi les fantasques musiciens de l’Empire austro-hongrois au XVIIe siècle. Une esthétique fondamentalement baroque avec ses changements abruptes de mesure, de tempo, de rythme, de couleurs et d’affects, un goût prononcé pour l’imitation, consistant à reproduire toutes sortes de sons et de bruits de la nature ou de la vie quotidienne.

« L’instinct de l’homme est prodigieusement imitateur ; il se montre tel dès l’enfance : mais, si je ne me trompe, l’imitation ne l’amuse beaucoup, qu’autant qu’il y conçoit de la difficulté, & que le succès l’étonne. »
Michel Chabanon