Voyage au temps des postillons

« Loué soit le cor de postillon ! C’est mon symbole. » 
S. Kirkegaard

Comment un si petit instrument ne jouant que deux notes a-t-il bien pu devenir un emblème postal international, et inspirer les plus grands compositeurs du XVIIIe siècle ?

Ce spectacle musical et burlesque vous fera découvrir en musique l’âge d’or de ce petit instrument, et comment il devint le symbole de la poste après bien des péripéties. Un voyage en chaise de poste sur les routes chaotiques du XVIIIe siècle.

Alice Julien-Laferrière : conception et violon
Philipp Vöhringer ou Jean-Denis Monory : Peter le Postillon
Kazuya Gunji : clavecin
Cécile Vérolles : violoncelle

Le postillon était une figure hautement populaire, qui portait d’un lieu à l’autre lettres d’amour, bonnes et mauvaises nouvelles. C’est un bon vivant qui boit le soir avec ses hôtes en racontant des nouvelles du pays. Les poètes l’ont célébré : à l’époque Baroque, il est le « postillon d’amour », mais il peut être également associé à de la tristesse et de la nostalgie sous la plume de Lenau ou bien même conduire le voyageur de la vie jusqu’aux enfers dans une retentissante sonnerie, comme chez Goethe ou bien dans un pamphlet du XVIIe siècle, Le Postillon de Mazarin. Mais le postillon a beau faire rêver les femmes et être familier au point d’être surnommé surnommé le « beau-frère », quelques anecdotes de voyage un peu contraires à cette image magnifiée nous sont parvenues : Charles Burney, entre autres, nous a laissé de croustillants souvenirs de ses pérégrinations sur les routes d’Allemagne en 1770, dénonçant « les friponneries, l’entêtement et l’indolence des maîtres de poste et des postillons »

« Vive le cor de postillon ! » Cette exclamation enthousiaste ouvre une très belle page sur le cor de postillon écrite par le philosophe S. Kirkegaard dans La Reprise (1843).

L’imitation du cor de postillon dans la musique baroque a donné lieu à la création d’un spectacle inédit autour de cet instrument oublié bien que toujours omniprésent. Nous l’avons conçu de manière à intéresser un vaste public, afin de transmettre de manière vivante et interactive cette histoire qui a fait les grandes heure de la poste des siècles passés, les postillons incarnant cette volonté de s’ouvrir et transmettre l’information au cours des siècles, et ce petit instrument incarnant un enjeu politique et symbolique très fort.

Du XIVe au XIXe siècle, les différentes branches de la famille de Tour et Taxis organisèrent les postes, non seulement en Allemagne, mais encore en Espagne, en Autriche, en Italie, en Hongrie, aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxemburg.Les messagers de la famille de Tour et Taxis se munissent du cor de postillon, instrument de signal, au cours d’une lutte que certains ont appelé « la bataille des bouchers » vers le XVIe siècle. Ils s’en servent pour annoncer l’arrivée et le départ des courriers ainsi que leur arrivée aux étapes, et pour demander l’ouverture des portes des villes. Cet instrument est devenu, et reste encore aujourd’hui, l’emblème de nombreuses postes à travers le monde.La famille princière de Tour et Taxis possédait au XVIIIe siècle une solide culture musicale et employa de nombreux musiciens, notamment à la cour princière de Regensburg (Ratisbonne) où elle entretenait un orchestre réputé attirant des musiciens de toute l’Europe.